![]()
« Les immigrants font déborder nos écoles ! … Oh pis en passant, je suis pas raciste. »
menute.
La réalité de la pression scolaire
L’immigration ajoute nécessairement des élèves au réseau scolaire et peut, localement, accentuer le manque de places de façon limitée. Mais le débordement des écoles dépend aussi en grande partie de la croissance démographique, des déplacements de population et de la capacité du réseau à construire, réparer ou agrandir ses établissements assez rapidement.
À l’école Roger-Comtois, l’exemple choisi à Québec, on compte aujourd’hui plus de 2 480 élèves et doit ajouter 24 classes modulaires. Ce manque d’espace était cependant anticipé bien avant la hausse migratoire récente. Dès 2018, le réseau prévoyait une importante croissance de la clientèle secondaire dans le secteur et réclamait une nouvelle école pour l’absorber.
Aucune donnée accompagnant l’exemple ne permet donc d’établir quelle part de la surpopulation actuelle est spécifiquement attribuable à l’immigration. Cibler donc ainsi les immigrant·es comme cause essentielle du débordement est un choix politique et non pas une analyse dilligente d’un enjeu multifactoriel.
Interventions utiles
Questions clé
- Quand est-ce que le problème de surpopulation dans les écoles a été identifié ?
- Quelle part tu penses est réellement attribuable à l’immigration ?
- T’as quelle donnée pour établir cette part-là ?
Relances possibles
- Pourrait-on construire des écoles pour régler le problème ?
- Parmi toutes les causes possibles, pourquoi tu isoles l’immigration ?
- La surpopulation existe-t-elle dans les régions éloignées ?
En fait.
Ce qui a été dit
En campagne électorale à Québec, Paul St-Pierre Plamondon a utilisé l’école Roger-Comtois pour illustrer son affirmation plus générale selon laquelle l’immigration fait déborder les écoles québécoises :
« L’école déborde en raison d’un trop grand nombre de nouveaux élèves qui proviennent de l’immigration. »
Ce qui est sous-entendu
- Les immigrant·es sont seul·es responsables du débordement des écoles.
- La surpopulation dans les écoles n’existait pas avant les seuils d’immigration récents.
- On peut relier des problèmes multi-dimensionnels à une cause simple et unique.
Et pourquoi, « menute » ?
L’immigration peut évidemment augmenter la demande scolaire. Mais la déterminer ainsi comme cause saillante du débordement des écoles fait de l’immigration un bouc émissaire : une population identifiable se voit ciblée comme cause unique d’un problème multicausal. Qu’il n’en déplaise à plusieurs, ce mécanisme vient racialiser un problème complexe en offrant le rejet de l’Autre comme solution.
Indices rhétoriques
- Généralisation hâtive à partir d’un exemple local
- Confusion entre contribution et causalité déterminante
- Réduction d’un problème multicausal à une cause unique
- Sélection arbitraire des causes par omission des facteurs concurrents
- Désignation d’un groupe identifiable comme bouc émissaire
En bref.
Quand on désigne un bouc émissaire en lieu d’argumentaire, menute.